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L'Europe, combien de divisions?

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REGARD FINANCIER SUR LE MONDE
6 min
28/03/2024
L'Europe, combien de divisions?

Pour ceux qui l'ignoreraient - et ils sont nombreux a priori -, le mois de juin marquera non seulement la dernière étape avant l'ouverture des JO de Paris 2024, mais aussi la date des élections européennes.

Revenons en arrière: en 1979, date des premières européennes, l'UE n'est pas encore mature et ne compte que 9 membres, tous issus de l'Europe Occidentale, à une période rappelons-le de guerre froide. Une Europe cohérente et homogène, encore en (re)construction sur les bases des décombres de 1945.

Un idéal progressiste d'élévation donne naissance à des débats éclairés, fait émerger des personnalités de premier plan et véritablement pro-européennes comme Simone Veil, première Présidente du Parlement Européen, et chacun se réjouit des bienfaits incarnés par l'Europe, et principalement de la PAC (Politique Agricole Commune) qui subventionne les agricultures nationales, et en premier lieu la France (10 Milliards d € en 2022).

Mais on assiste depuis à une lente et progressive descente aux enfers, entre désaffection des urnes, suivant en cela un phénomène général qui touche toutes les élections, débats nationaux, montée des populismes, le tout dans une Europe désormais à 27 qui va du Portugal à l'Estonie et qui a intégré nombre d'anciennes nations du bloc de l'Est, parallèlement à l'élargissement de l'OTAN.

Le résultat est saisissant: d'un projet fédéral et idéaliste on est passé à une agglomération (coalition ?) de nations débattant chez elles d'elles-mêmes et de leurs intérêts, et unies par des intérêts économiques, voire militaires, communs, sans en accepter les inconvénients.

En cela, le Brexit britannique du 1er janvier 2021 constitue un parfait exemple de renoncement aux désavantages sans mesurer la perte des bienfaits; les raisons qui ont présidé à cette rupture, en dehors d'une volonté de contrôle de l'immigration et de restauration de la souveraineté nationale, étaient économiques : s'affranchir des régulations “imposées” par Bruxelles, quitter un navire à la dérive au sortir de la crise de la zone euro et du renflouement de la Grèce, et commercer librement avec le monde. C'était oublier bien vite que l'Angleterre est une île, qui vit de ses importations, à commencer par les produits agricoles (62% seulement de taux d'autosuffisance alimentaire), très majoritairement en provenance de l'UE. Avec 10% d'inflation en 2023, 370 000 travailleurs européens en moins, Bloomberg Economics chiffre le coût du Brexit à... 124 Milliards d'€ par an…

Le paradoxe est étonnant : alors même que l'opinion vilipende "Bruxelles" en dénonçant, souvent à raison, le fait que c'est là que tout se joue, l'élection européenne est celle qui engendre le plus de recul et de désintérêt. Peut-être aussi parce que ce "grand ensemble" n'accouche que de majorités de centre-droit ou de centre-gauche qui pratiquent peu ou prou la même politique, à quelques réserves que le grand public ne saisit guère.

Pourtant, depuis les crises des subprimes et des dettes souveraines, l’Union a fait preuve d’initiatives enthousiasmantes pour assainir les marchés et les convertir aux grands enjeux de transition de notre siècle. Les directives MIFID et CSRD repositionnent les opérateurs financiers dans leur rôle, s'attaquent aux conflits d’intérêt et invitent à réformer les modèles classiques de distribution de solutions d’épargne. Elles convergent vers davantage de transparence en faveur de clients moins captifs. De même, la taxonomie verte, enfantée dans la douleur, constitue sans doute l’entreprise la plus offensive à l’échelle mondiale pour orienter les flux de liquidités en direction d’équilibres socio-économiques innovants, durables et conformes aux engagements internationaux.

Dans un contexte de mondialisation, l'échelle de la nation n'est plus suffisante pour régler les problèmes et prévenir les crises: crise économique, crise démographique, crise climatique, crise migratoire. La nécessité de politiques communes concertées s'impose, alors même que la menace populiste d'extrême droite en Croatie, Estonie, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Pays-Bas, Italie et France, voire Allemagne, laisse planer une menace sur la démocratie dans un scrutin proportionnel. L’extrême droite, même si nationale et divisée, peut s'unir de circonstance et peser sur le fonctionnement de l’Union européenne, que ce soit sur les politiques migratoires ou sur les grands défis évoqués par Ursula von der Leyen dans son discours sur l’état de l’Union comme le Pacte vert ou la question de l’élargissement de l’UE.

Elle pèsera aussi sur le choix de la présidence de la Commission européenne. Tentée, dit-on, par le secrétariat général de l’Otan, Ursula von der Leyen pourrait rempiler à la tête de la Commission européenne, qui est aujourd’hui affaiblie après les départs de Frans Timmermans, architecte du Pacte vert et désormais candidat au poste de Premier ministre aux Pays-Bas, et de la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager, qui brigue la tête de la Banque européenne d’investissement.

Les marchés, partisans naturels de la liberté politique, donc économique, se crispent face à la menace qui pèse sur le système actuel.

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