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Fintechs : La planche de salut en trois points

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Bastien COLET
FINANCE DE DEMAIN
6 min
20/05/2021

Le méliphage régent est un passereau endémique d’Australie. Cet oiseau s’abreuvant du nectar des forêts d’eucalyptus du Queensland, est classé dans la catégorie des espèces en danger critique. Autrefois « assez communs », les scientifiques dénombrent désormais moins de 500 individus. Ils sont si peu nombreux que pour survivre, ils imitent à présent le chant d’autres oiseaux… accélérant leur déclin inéluctable.1

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Au risque d’offenser le méliphage, quel parallèle peut-on établir entre ce beau pastoureau et la Fintech ? Les Fintech sont peu nombreuses et néanmoins rayonnantes et pleines de promesses. Contrairement au méliphage, leur avenir ne semble pas compromis et pourtant… Si pour chanter plus haut et plus fort, la Fintech se met à apprendre le chant des autres volatiles, elle finira soit dans le gosier des prédateurs, soit par s’éteindre de sa belle mort.

Le postulat de base : la Tech n’est pas l’Alpha, ni l’Omega

Le discours marketing dominant produit par le monde de la Tech laisse à penser que la technologie va résoudre tous les problèmes : la faim dans le monde, la crise économique et sociale, la dérive écologique, les pandémies ou encore, l’inévitable déroute italienne au Tournoi des Six Nations.

La valeur ajoutée de la Fintech consiste à transformer une offre de services financiers par le renouvellement des outils et des usages. La Fintech est effectivement « smart », mais elle se perdrait à vouloir faire émerger un nouveau monothéisme. Dématérialiser ne suffit pas. Le simple fait de mettre en ligne des solutions bancaires ou assurantielles traditionnelles présente un intérêt limité pour l’individu et les collectifs.

Sélectionnant des outils technologiques à bon escient, la Fintech doit d’abord convaincre les clients en simplifiant les pratiques et en les rendant plus transparentes, souples et modulables. Elle ne se révèlera vraiment persuasive que si elle n’oublie pas en cours de route l’essentiel : remettre l’utilisateur au centre, changer les pratiques pour changer l’organisation des métiers financiers, utiliser la performance technique pour réorienter les ressources vers l’économie réelle et les secteurs d’avenir.

La Fintech doit faire preuve d’humilité et rester à sa place : elle n’est pas une fin en soi, mais un moyen parmi d’autres. Les discours icariens de certains dirigeants de la Silicon Valley se brûlent facilement à la réalité. L’empreinte carbone du numérique, qui correspond aujourd’hui à 2 % des émissions mondiales, augmente : cela résulte non seulement de la croissance de l’énergie nécessaire pour faire tourner des serveurs (avec des applications toujours plus énergivores), et des procédés de fabrication des outils numériques.2 À vouloir décliner partout le Tech à coup d’effets d’annonces prométhéens et de concours Lépine, on finirait par oublier que le piège le plus fiable, le plus efficace et le moins coûteux pour capturer du CO2, c’est la forêt, qui n’a que faire de la patte humaine.

La crainte (justifiée) : Fintech de riches, Fintechs de pauvres

La Fintech délivrant des services avantageux et compétitifs par rapport à l’offre traditionnelle est-elle destinée à discriminer sa clientèle ? La question se pose vraiment à l’heure où la Fintech américaine SoFi, plateforme de crédit californienne, s’apprête à valoriser son modèle en Bourse à hauteur de 8,65 milliards de dollars. Revenu moyen annuel de ses quelques 350.000 clients ? 172.000 dollars.3 Les banques peuvent craindre la fuite de leurs clients les plus fortunés… et les moins risqués. Voyez ainsi émerger ce monde dans lequel les Fintechs se réserveraient l’élite et laisseraient la masse des épargnants aux mains des acteurs institutionnels dont l’esprit d’initiative et les capacités objectives de changement, s’en trouveront limités.

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Le développement des Fintechs réalisera-t-il le monde ultra compétitif de la série Black Mirror où chaque individu, noté, est cantonné à une place plus ou moins favorable dans la hiérarchie sociale ?

Restons un moment dans la dystopie. Si la Fintech reste attachée à son objectif initial de démocratisation des solutions financières, ne pourrait-on pas la voir succomber à la tentation de commercialiser la data ? La digue européenne du RGPD est fragile, et n’existe pas ailleurs. De même, si l’explosion et la diversification de la data financière représentent un formidable outil de calibrage du besoin client, ou de prévention des risques de surendettement, une sélectivité renforcée reproduirait des modèles d’exclusion : c’est la Fintech qui personnalise le prix du service en fonction des données personnelles récoltées4. De fait, la Fintech n’apporterait plus rien : une part importante de la population se tiendrait en marge de services financiers de qualité.

Un accès régulé aux données bancaires ou non, est pourtant susceptible de développer le crédit et de renouveler la lutte contre l’exclusion financière. Les Fintechs ne doivent pas se détourner de l’objectif qui fut un moteur de leur développement : la responsabilité collective en matière d’inclusion financière. Cet enjeu ne signifie pas une perte de rentabilité et encore moins une œuvre de charité : il génère une plus grande circulation de l’argent et de plus grandes perspectives à terme.

L’idéal à tenir : réhumaniser les services financiers

La promesse Fintech est de désintermédier le marché des services financiers, de faire avancer des solutions simples, transparentes et personnalisées, et de renouveler la notion de proximité par l’instantanéité. Le client ne passe plus des heures dans des démarches qui l’éloignent paradoxalement plus du conseil et de l’expertise, qu’elles ne l’en rapprochent. Il établit un lien réel et direct avec le professionnel qui se limite au nécessaire tout en répondant à sa curiosité.

Dans ce cadre, la valeur ajoutée de la Fintech disparaît lorsqu’elle n’est plus qu’une énième plateforme intermédiaire qui se rémunère par une commission sur les transactions et n’influe pas sur les prix. Aussi, l’utilisation des systèmes algorithmiques ne doit pas encore une fois se muer en croyance irrécusable. Quand ce modèle se suffit à lui-même, il véhicule une individualisation qui ne pourra s’empêcher de discriminer les prix et les services proposés en fonction des utilisateurs.5

Chez ActiveSeed, pionnière du conseil en investissement financier (CIF) digitalisé, on a fait le choix :

  • D’offrir le même service pour tous au même prix
  • D’afficher des tarifs simples et transparents qui délimitent la fonction de chaque acteur
  • De donner accès à l’ensemble des services et de la plateforme dès 1000 euros d’investissement initial
  • De fonder notre expertise sur des process qui conjuguent des systèmes automatisés et la sensibilité humaine

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Les Fintech doivent tenir la ligne : tisser patiemment des liens de confiance, rester indépendantes pour être opérantes. Il est dangereux de promouvoir des stratégies de développement qui puissent affaiblir tout l’écosystème. Ainsi, comment considérer l’intérêt d’une offre délivrée par une plateforme CIF digitale devenue vitrine des grands institutionnels ?

En effet, du point de vue du client, la Fintech indépendante garantit :

  • La fin de la distribution de produits financiers « maison » et l’absence de conflits d’intérêt
  • L’objectivité de l’arbitrage et l’optimisation de l’investissement
  • Des processus de sélection dynamiques pour encourager de nouvelles formes d’investissement responsables et durables

Du point de vue métier, la Fintech indépendante permet d’infuser une nouvelle culture des services financiers sur la base de partenariats symétriques avec les acteurs installés.

La Fintech qui ne s’appartient plus n’est plus en mesure d’assurer chacun de ces avantages. La perte d’indépendance limite le sens de l’action de la Fintech qui ne pourra que difficilement participer à une transition numérique positive et nécessaire, mais qui comme pour tout le reste, devra faire preuve de sobriété.

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  1. La perte de culture vocale enraye le processus de reproduction. Pierre Bouvier, « Le méliphage régent australien oublie son chant d’amour, au risque de l’extinction », Le Monde, 18/03/2021
  2. Rapport « Pour une sobriété numérique », The Shift Project, Octobre 2018
  3. « SoFi, la fintech de l’élite qui menace les banques », Les Echos, 16/08/2017
  4. Alors que le principe Fintech promouvait la démocratisation de l’accès aux services financiers et un traitement relativement égalitaire, elle devient dans cette perspective, par la souplesse de son modèle, un outil supplémentaire de discrimination.
  5. Ezrachi A. et Stucke M.E., 2016a, Virtual Competition: The Promise and Perils of the Algorithm-Driven Economy, Harvard University Press.

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